Kerav Day
Jeudi 11 juillet
Aujourd’hui nous avons un programme bien rempli : chantier le matin et rencontre avec le président de la CONAFE (Coalition Nationale des Associations et ONG en faveur de l’Enfant) l’après-midi.
Tout excités de libérer notre trop plein d’énergie en cassant des murs à coup de marteau, nous nous sommes rendus au chantier en sifflotant tels les sept nains.
Devant la porte de l’école deux ouvriers s’affairent déjà : le mélange de sable, de ciment et d’eau permettra, grâce à leur technique, de créer des parpaings, qui nous serviront à construire le nouveau mur de l’école. Après le petit-déjeuner rituel, nous constatons que la démolition du mur se fera brique par brique, car ici « rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme » ! Après une brève démonstration, nous manions tour à tour marteaux et burins sous le regard dubitatif de nos homologues sénégalais. Tandis qu’une partie du groupe décèlent les briques une à une, l’autre partie apprend à en créer de nouvelles. Le manque de technique et de force de notre part sont évidents, mais nous y mettons de la bonne volonté !
Une fois le chantier terminé, il est l’heure pour nous d’aller acheter les six poulets au marché d’à côté comme convenu. Aujourd’hui est un jour spécial : au MENU DU SOIR POULET YASSA que nous avons « négocié » avec notre hôte ! Nous salivons rien que d’y penser.
Impatient d’être à ce soir, nous nous rendons au Stade Demba Diop, au sein duquel M. François Raoul Latouche, président de la Conafe, a accepté de nous rencontrer. Nous échangeons avec lui autour de la question des droits de l’enfant au Sénégal. La Conafe est une grosse coalition qui regroupe 212 associations et ONG et qui agit sur 13 des 14 régions du Sénégal. Elle se bat pour le respect et le renforcement des droits de l’enfant (droits à la santé, à l’éducation et aux loisirs) à travers différents moyens, tels que des plaidoyers devant des institutions comme l’UNICEF ou la Banque Mondiale, ou la formation des enfants aux diverses techniques de communication. Quelques soient les actions promues, l’enfant en est l’acteur principal : à titre d’exemple, Yassine qui travaille sur le chantier avec nous, s’est exprimée récemment devant 53 députés alors que n’a que 13 ans !
Cela nous a permis d’en savoir plus sur la situation de l’enfant au Sénégal et de confronter nos idées préconçues et les discours officiels à la réalité du terrain. Et surtout le chantier n’en prend que plus d’ampleur.
Revenons en à notre poulet Yassa. En attendant que l’heure du festin sonne, nous patientons au centre de santé « bercés » par des histoires de maraboutage, lorsqu’une coupure de courant nous plonge dans le noir ! Passons sur les cris de certains et la terreur des autres à la vue d’un chat (forcément noir dans la nuit). Une petite tension est palpable chez chacun d’entre nous lorsque nous traversons le quartier pour aller diner : le moindre bruit ou contact est signe d’un mauvais sort !
Le temps d’en rire et nous voilà à table. Grosse surprise lorsque nous découvrons une moitié de poulet dans chacun des deux plats servis ! Ce n’est pas un poulet yassa, mais un yassa tout court. Dans le regard de chacun on peut lire : où sont passés nos six poulets ?! C’est sur cette défaite et le ventre presque vide que nous décidons de nous rabattre sur des mangues et des beignets achetés sur le chemin du retour, et que nous mangeons dans le noir !
* « Kerav Day » est une expression argotique que nous avons inventée (mi-fontenaysienne, mi-américaine) qui signifie « le jour de l’arnaque ».